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La Maricomeau arrive au congrès mondial acadien (2015)
 

Photos : Max-Antoine Guérin

Performance littéraire et vocale soulignant le 20e anniversaire du recueil Éloge du Chaic de Gérald LeBlanc et les récents décès de Laurent Comeau et de Régis Brun. Le texte intégral inédit de la performance est reproduit ci-dessous avec fautes d'orthographe et notes de performance incluses. Il comprends des extraits d'Éloge du Chaic par Gérald LeBlanc, un extrait de La Maricomeau par Régis Brun, des extraits de chansons par Jelly Roll Morton et Cléoma Breaux Falcon ainsi que des transcriptions d'entrevues de Jelly Roll Morton conservées au Library of Congress :

« Une épigraphe
à la mémoire de Laurent
pour une lecture
à la mémoire de Régis
pour une soirée
à la mémoire de Gérald :

long mardi d’été
entre le whiskey et les substances règlementées
seule la musique du sud me console

****************************************

la mariecomo arrive au congrès mondial acadien,
elle s’émoye si son joueur de piano est là –
son corps lui dit que non,
mais sa païyennité veuglette lui dit qu’il est
omni-présent

son nom :

Ferdinand. Joseph. LaMothe.
mais le djable le bénit affectueusement
Jelly Roll Morton

Jelly Roll comme un gâteau moelleux
Jelly Roll comme le sexe féminin
Jelly Roll parce que ça fait « Vaude Ville »

il prétend avoir inventé le jazz –
une prétention fausse,
une mentrie contée sur plusieurs.

et la mariecomo se méfie.

elle l’aime…… certes elle l’aime
mais elle hésite
loin dans le 20e siècle

un jour
les gens parleront d’elle et de son joueur de piano
en écoutant des enregistrements ethnologiques

bobine : 160  
enregistrement : 6-8-1-7
collection : Library of Congress
info : Cléoma Breaux, Lafayette, Nouveau Brunswick, nineteen-thirty-eight (1938)

Y’see, Jelly Roll ... I guess the reason why he got out of trouble so much,

it was often known that a certain Marie was the lady that ... always backed him up when he got in trouble.

I don't mean with funds, or anything like that. Money wasn't really in it. As I understand, she was a vaudou woman. Some ... some say voodoo. But we ... it's known ICI as vaudou.

Well ... this Marie is supposed,
that is ... from certain evidences,
to tumble up Jelly Roll’s house!

Take all the draps off the bed
and tumble the mattresses over
and take chairs and tumble those all over
and put the sheets in front of the windows.

I’m told,
she then proceeds in taking lambs' tongues and beef tongues and veal tongues – right out of the markets – and stick 'em full of needles. And that is said and known to ... encourage the writing of his songs. That is what I understand. I don't know, 'cause I've never seen 'em stick pins and needles all through 'em, but I am told that is exactly how Jelly Roll wrote this tune.

I remember, he used to sell em’ just uh little bitty leaf copies for 35c,
and kept the sheet music so nobody could see it.

If I remember correctly,
it goes something like this… (drink, drop verre par terre)

If you were whiskey and I was a duck
I’d dive to the bottom and I’d never come up
How long do I have to wait ?
Can I get you now, or do I have to hesitate ?

La mariecomo hésite.

Elle arrive au congrès mondial acadien et s’émoye si son joueur de piano est là,
son corps lui dit que non.

y’a du monde qu’elle connait qui aimerait mieux ne pas la voir

elle reconnait une fabrication sans imagination et surtout sans jeunes
– une baloune qui ne lève pas

elle constate quelque chose d’aussi mou
que le jello but moins intéressant

ils ont peur qu’elle parle mal
alors d’autres parlent à sa place

ils craignent d’entendre son cri sauvage
ne savant pas
qu’il écho en chanson
(dah dam dam duh dum)
chaque son
se chevauchant pour former des mots plus tangibles
(quand tum dum dum je t’aime)
chaque mélodie plus ancienne que la dernière
une complainte d’amour éternel sans réciprocité
l’aiguille poignardant le 78 tour
(c’est péché duh dum dum duh dum dum)

C’est sûr que c’est vrai que tu m’aim-es
C’est péché de conter des mentries
Millions de cœurs qu’a ‘té cassés
Quand que c’est paroles ont été parlées.
Oui chtaime, oui que chtaime, qui connait oui chtaime
Si tu cass-e mon cœur ça va m’tuer
C’est sur que c’est vrai quand tu m’dit oui je t’aime
C’est péché de conter des mentries.

et la mariecomo se méfie.

elle l’aime…… certes elle l’aime
mais elle hésite
loin dans le 20e siècle
(eh 1974 pour être plus specific)

un jour,
elle arrive au congrès mondial acadien.
elle s’émoye si son joueur de piano est là,
son corps lui dit qu’il n’est pas loin.

Y’a du monde qu’elle connait
qui aimerait mieux ne pas la voir

elle reconnait une fabrication sans imagination et surtout sans jeunes
– une baloune qui ne lève pas

elle constate quelque chose d’aussi mou
que le jello but moins intéressant

ils ont peur qu’elle parle mal
alors d’autres parlent à sa place

ils craignent d’entendre
son cri sauvage d’appartenance

elle regarde autour d’elle,
hausse les épaules devant l’histoire qui se répète,
et part son propre frolic

elle commence à danser :

à danser
à tourner
à danser

avec ceux et celles qui sont là au coeur de l’ironie en disant :

Danse, danse, Mariecomo,
tourne,
tourne au son de la musique du Reel de la Mariecomo
et dans la senteur de l’aire
du Pays de Cocagne selon Bruegel.

Danse et tourne au temps
de la vie au grand air et des nuits à la belle étoile,
de la senteur des grandes forêts,
des prés
et des champs que t’as parcourus.
D’une soirée d’automne à la brunante,
cabané avec ton amant,
entourés des grands sapins noirs
dont les faîtes s’élancent dans les airs,
criblant le firmament rougeâtre.
Et se mirant dans un lac si nettement précis
que vos deux corps nus dans une mare de sang
ne semblent faire de différence entre la réalité et le reflet
de ce qu’il y a dans le firmament et sur la terre.

Danse, danse, Mariecomo,
afin de témoigner du cri de terre
et de tous ceux-là comme toi qui ont osé lancer à l’égare des gens
leur soif de liberté et d’horizons à perte de vue.
De ce cri de terre et du monde comme chez-vous
où toi et tes semblables
avez tout le temps été
les justes bienvenus.

Merci. »